Prologue
Une étendue noire liquide enveloppait le silence de son être intérieur.
Une voix soudaine comme venue de très loin résonna derrière sa nuque lui ordonnant
- lève toi
Cette voix s'amplifiait en un écho qui frappait l'enveloppe lointaine de l'habitacle
calciné et revenait sous forme de rires à faire frémir la mort.
La voix se rapprochait si près que la peur était devenue sa respiration nouvelle et
immédiate.
Le paysage étendu traversait le véhicule et formait un tout unique et solidaire.
La voix s'était faite plus douce en venant lécher le sexe de ce corps devenu informe et
dont les ondes souterraines créaient un semblant de vie illusoire.
La voix se fit douce et haletante en recouvrant de caresses ce qui restait de splendeur à
ce que fut cet homme d'avant l'accident.
La voix s'était logée dans le corps et avait pris possession de ce futur à
l'uvre.
La voix se releva pour devenir cruelle et ravager ce qui restait de chair.
Elle s'immobilisa au dessus de l'aura funèbre du corps et proclama.
- crève
Le corps se redressa et s'évapora dans la lumière de la voix qui léchait le reste de
vapeurs transparentes de ce corps nouveau.
Villes couchées, arbres abattus, canalisations éventrées, tous les corps fuyaient
emportant leurs sexes nus, les vêtements s'envolaient en créant un ciel de nuages en
lambeaux.
Des voix s'élevaient dans le sourd silence des espaces infinis.
La voix maîtresse ne perdait pas du regard ce corps à part qui filait en de longues
volutes infinies pour former des figures érotiques trompeuses qui se dissolvaient dès
leur naissance.
- Tu m'appartiens
- Tu vas devoir payer dans cet univers nouveau que tu vas découvrir.
La voix du rire le poursuivait sans relâche excitant ses organes pour le nourrir de
douleurs sauvages interminables.
Les villes poursuivaient leurs chutes, les foules finissaient par se coaguler pour ne
former qu'une longue plainte.
La peur s'était définitivement installée mais les foules fuyaient toujours en des
rondes qui n'aboutissaient qu'en un espace déplacé.
Nulle découverte, nul espoir dans ce voyage mais les corps emportés par leur énergie
mourante poursuivaient leur désir d'illusions pour la dernière et unique rencontre.
Arriver enfin dans ce monde de paix et de bonheur à jamais ininterrompu.
Une fente assourdissante s'ouvrit à une vitesse vertigineuse créant une tranchée
abyssale et tout disparu de la mémoire immédiate du monde.
Mais au-dessus du vide la voix revint. belle, voluptueuse et féroce planant dans cet
univers glaciaire en insufflant à ce corps absent.
- tu t'en souviendras
Mathias Travis
[Bruxelles,08/2004] |